L'écran embarqué d'une station d'énergie
Sept vues, leurs états et leurs assets, intégrés jusque dans le firmware de la machine.
Pour sa V2, l'ECHO-5 (7 kWh / 5 kW) abandonne l'écran Victron du commerce au profit de son propre écran tactile 5 pouces et d'une interface signée Mute. J'ai conçu le système complet : écrans, navigation, composants et leurs états, jusqu'aux assets intégrés dans le firmware.

Le contexte
L'ECHO-5 V1 embarquait l'écran de contrôle Victron, celui de l'onduleur : complet, mais complexe et sans rapport avec la marque. Pour la V2, l'équipe technique change le hardware et me confie l'interface du nouvel écran : un LCD tactile 5 pouces (800 x 480), piloté par un microcontrôleur ESP32. Le contexte d'usage ne pardonne pas : un opérateur de chantier, souvent avec des gants, qui lit l'écran à distance, du plein soleil à l'ombre. Et un LCD, pas un OLED : le contraste est une contrainte physique avant d'être un choix esthétique.


Le cadrage
Avant de dessiner, deux questions à l'ingénieur embarqué : polices bitmap ou vectoriel ? Tactile ou affichage seul ? Les réponses changent la logique d'états de toute l'interface. Ensuite, un tableau de stories monté avec la CTO : chaque information (tension, puissances, autonomie, alertes) décrite, priorisée et affectée à ses écrans. On décide de ce qui s'affiche où avant de parler design. C'est ce cadrage qui a permis de trancher vite : état de santé et nombre de cycles supprimés (source de confusion), température affichée uniquement en cas d'alerte.

Le système d'écrans
Sept écrans couvrent la vie de la machine : démarrage, tableau de bord, charge, veille écran, veille système, alerte critique et journal des alertes. Le tableau de bord garde le modèle mental installé par des années de Victron : entrées à gauche (secteur, solaire, groupe électrogène), batterie au centre, sorties à droite. Et une distinction que le terrain impose : la veille écran (affichage minimal, machine active) n'est pas la veille système (tout est coupé pour économiser l'énergie). Deux états machine, deux écrans.




Les partis pris terrain
Les revues avec l'équipe ont tout durci. Des chiffres énormes, 5 mm minimum sur l'écran. Un light mode par défaut, parce qu'un LCD en plein soleil rend le sombre illisible. Des zones tactiles dimensionnées pour des gants. Et un principe : l'écran suit l'état de la machine au lieu de faire naviguer l'opérateur. Une alerte mineure s'affiche en jaune sur le tableau de bord sans changer d'écran ; une alerte bloquante bascule sur un écran dédié, orange ou rouge selon la gravité.


Les détails qui livrent
Les écrans sont prototypés en HTML, itérés avec l'IA : le rendu est au pixel près celui de l'écran cible, et le développeur récupère une référence exécutable qu'il lit comme du code, pas une image à interpréter. Un QR code unique par machine sur l'écran d'erreur : le flasher ouvre un ticket SAV avec le numéro de série. Un switch français/anglais en haut d'écran. Chaque composant livré avec ses états (normal, appuyé, inactif), des PNG testés sur le vrai écran avant validation, et les assets exportés pour l'intégration firmware (Squareline Studio, LVGL). Le design s'arrête exactement là où le code commence.
Le résultat
L'interface est intégrée à la V2 de l'ECHO-5, dont le développement électronique s'achève. Et elle continue de vivre : de nouveaux écrans s'ajoutent à mesure que la machine gagne des modes (production solaire, groupe électrogène). Une interface qu'on comprend sans manuel, dessinée avec les contraintes du firmware plutôt que contre elles.