L’arborescence d’un site web, l’étape que tout le monde bâcle

Sur chaque projet web, il faut poser l’arborescence du site web avant la moindre maquette. Quelles pages existent, lesquelles on garde, lesquelles on fusionne, comment elles s’enchaînent depuis l’accueil. Et c’est souvent l’étape qu’on expédie en une réunion, avec un tableau ou un schéma vite fait. Sauf que c’est là qu’on décide ce que les gens vont trouver sur le site, et ce que Google va en comprendre. Dans mon article sur les refontes, j’expliquais comment ne pas perdre le SEO de l’ancien site. Ici je vais parler de la structure elle-même.
Ce que coûte une arborescence de site bâclée
Une arborescence bâclée, ça se paie tout de suite. Le visiteur cherche les tarifs, tombe sur une rubrique « Nos offres » qui n’en parle pas, ouvre deux autres menus, et finit par appeler ou par partir chez le concurrent. Sur une boutique, un produit rangé dans la mauvaise catégorie est un produit qu’on ne vend pas, parce que si le client ne trouve pas le produit, bah il ne peut pas l’acheter.1 Pendant des tests sur de grands sites e-commerce, les participants abandonnaient régulièrement le site parce qu’ils ne trouvaient tout simplement pas les produits qu’ils cherchaient.2
Côté Google, c’est aussi direct. Les pages qui rapportent se retrouvent enfouies à plusieurs clics de l’accueil, deux pages presque identiques se disputent la même recherche, et à chaque refonte des pages disparaissent sans que personne ne pense à les rediriger. Et côté équipe, chaque nouvelle page se range « un peu où on peut », jusqu’au jour où plus personne ne sait où mettre quoi.
Les chiffres vont dans le même sens. En 2009, une structure mal pensée faisait encore échouer une tentative sur dix, et c’était devenu la première cause d’échec sur un site.1 Sur 343 grands sites e-commerce, 76 % ont une navigation médiocre ou pire, et les plus gros écarts se trouvent justement dans la façon de ranger les catégories.2 Et sur 98 études de tests d’arborescence, la réussite médiane par tâche est de 62 %, à peine plus de six personnes sur dix qui arrivent au bon endroit.3
Deux profondeurs qu’on confond
Il y a en fait deux profondeurs, et Google ne les traite pas du tout pareil.
Une page à l’adresse site.fr/cours/enfants/6-9-ans a l’air « loin » avec ses trois dossiers. Sauf que Google ne compte pas les dossiers de l’adresse pour juger de l’importance d’une page,4 et mettre des mots-clés dans l’adresse n’y change presque rien non plus.6 Pourtant, beaucoup de refontes raccourcissent toutes les adresses en pensant gagner en SEO, du genre site.fr/cours-enfants-6-9-ans. Ça ne rapporte rien, et chaque adresse modifiée est une redirection de plus à poser et à surveiller. Si une ancienne adresse est correcte, on la garde telle quelle.
Par contre le nombre de clics depuis l’accueil, ça compte. Moins il faut de clics pour arriver sur une page, plus c’est un signal d’importance pour Google.45 Une page qui rapporte et qui se retrouve à cinq clics de l’accueil perd du poids, même avec une adresse courte.

Bien entendu, ça ne veut pas dire qu’il faut tout lier depuis l’accueil. Sur un site un peu fourni, Google préfère une structure en pyramide, du général vers le précis, parce qu’elle l’aide à comprendre le contexte de chaque page. Avec un méga-menu qui relie plus de mille pages depuis partout, il en conclut que toutes se valent.7 Il faut garder une hiérarchie claire, avec les pages qui rapportent tout près de l’accueil.

Le mythe des trois clics
On entend souvent que tout doit être accessible en trois clics. Sauf que cette règle ne repose sur aucune donnée. Sur 44 utilisateurs, 620 tâches et plus de 8 000 clics, aucune corrélation n’a été trouvée entre le nombre de clics et le fait de trouver ce qu’on cherchait. Certains ont visité 25 pages sans abandonner, et la satisfaction ne baissait pas avec la longueur du parcours.8 Jusqu’en 2019, aucune étude publiée ne l’avait confirmée.9
Les gens se plaignent en fait de ne pas trouver, beaucoup plus que du nombre de clics.8 Plus un menu est plat, plus il a d’entrées et plus chaque choix devient difficile, et plus il est profond, plus les intitulés deviennent vagues. Les catégories précises et qui ne se recouvrent pas sont les plus faciles à comprendre.10 En gros, il faut surtout que chaque choix du menu soit évident.
Même chose pour la fameuse règle des 7 choix maximum dans un menu. Elle vient de la mémoire à court terme, qui retient environ 7 éléments, sauf qu’un menu ne demande rien de mémoriser, les choix sont sous les yeux. Un menu plus long passe très bien s’il est clair.11
Partir de ce qui existe
Sur une refonte, l’arborescence ne part jamais d’une page blanche. Avant de dessiner, je sors la liste de toutes les pages de l’ancien site, ce que chacune rapporte dans la Search Console et les sites qui font un lien vers elles, la méthode est détaillée dans l’article sur les refontes. Ensuite chaque ancienne page reçoit un statut, on la garde, on la fusionne avec une autre, on la redirige vers une page proche, ou on la supprime. Sur un dossier récent, la structure du nouveau site avait été posée en amont sans regarder ces données, et des pages qui portaient un tiers du trafic n’avaient plus d’équivalent.
Et une fois que chaque page a son statut et sa nouvelle adresse, le plan de redirection est quasiment fait !
Nommer les pages
Les intitulés comptent autant que la structure. « Solutions », « Expertises », « Ressources », ça parle à l’entreprise, beaucoup moins aux visiteurs. Pour trouver les bons mots, le tri de cartes marche très bien. On donne à des gens les contenus du site sur des cartes, ils les regroupent et nomment les groupes. Pas besoin d’un gros panel, avec au moins 15 personnes on obtient déjà des résultats très proches de ceux d’un grand échantillon.12
Il faut aussi regarder les mots que les gens tapent dans Google. Si les visiteurs cherchent « tarifs » et que le menu dit « offres », une partie d’entre eux risque de ne jamais cliquer au bon endroit.
Un exemple d’arborescence de site web
Prenons une salle d’escalade fictive, avec un vieux site qui a grandi au fil des années. Le menu affiche « La salle », « Activités », « Infos pratiques », « Actualités » et « Contact ». Les tarifs et les horaires sont rangés sous « Infos pratiques », à deux clics de l’accueil, les cours enfants sont sous « Activités » à côté des stages adultes, et les horaires existent en double, dans « Infos pratiques » et dans une actualité épinglée depuis deux ans.
En regardant la Search Console, on voit que les pages qui rapportent sont les tarifs, les horaires et les cours enfants, justement celles qui sont enfouies. Dans la nouvelle arborescence, elles remontent au premier niveau sous les mots que les gens tapent, « Tarifs », « Horaires » et « Cours enfants ». « Stages adultes » monte aussi, et une page « Accès libre » explique comment venir grimper sans cours. Les rubriques « Activités » et « Infos pratiques » disparaissent, leurs contenus sont maintenant répartis dans ces pages. Les deux pages d’horaires fusionnent, et l’adresse de l’actualité épinglée redirige vers la nouvelle page « Horaires ». « Actualités » sort du menu principal, et les vieilles actualités sans trafic ni lien partent en 410. « La salle » et « Contact » restent en place.
On garde à peu près autant d’entrées dans le menu, sauf que chacune répond à une vraie question. Et chaque ancienne adresse sait où elle va avant la maquette.

Tester avant la maquette
Le gros avantage, c’est qu’on peut tester une arborescence sans aucun design. Le test d’arborescence présente la structure sous forme de liste cliquable et demande aux gens où ils iraient pour faire une tâche précise. On mesure combien arrivent au bon endroit, et combien y vont sans revenir en arrière. Sous 40 % de réussite c’est faible, de 61 à 80 % c’est bon, au-dessus de 90 % c’est excellent. Pour comparer des versions avec des chiffres fiables, il faut compter au moins 50 participants par version.3

En comparant les tests d’arborescence de Target et d’Ikea avec les mêmes tâches faites sur leurs vrais sites, 17 tâches sur 20 étaient mieux réussies dans le test que sur le site fini. Ce sont des résultats préliminaires, mais ils suggèrent que le design, la recherche et les menus déroulants ajoutés ensuite peuvent aussi gêner.13 Je teste donc l’arborescence seule, puis je revérifie une fois les maquettes posées.
Avec un petit budget, on peut au minimum faire relire l’arborescence au client avec quelques tâches concrètes, du genre « où irais-tu pour trouver les horaires », avant de dessiner le premier écran. Ça reste léger, mais ça évite déjà pas mal d’erreurs.
Ce que l’arborescence dit à Google
Google découvre surtout un site en suivant ses liens. Chaque page qui compte doit être liée depuis au moins une autre page du site, et seuls les vrais liens sont suivis de façon fiable, pas les menus construits en JavaScript sans balise de lien.14 Une page qui n’apparaît dans aucun menu et aucun texte est orpheline, et elle devient beaucoup plus difficile à découvrir, même si le plan du site peut la signaler. Sur Framer, une page liée seulement depuis un menu placé dans une fenêtre superposée devient orpheline, parce que le contenu de ces fenêtres n’est pas exploré.15
Le fil d’Ariane aide aussi, il indique la place de la page dans la hiérarchie du site, pour les visiteurs comme pour Google.16
Et il faut faire attention à ce qu’on cache. Une navigation repliée derrière un menu hamburger fait perdre plus de 20 % de découvrabilité, et les gens mettent au moins 39 % plus de temps à trouver sur ordinateur.17
Et l’IA dans tout ça ?
On lit beaucoup de choses sur la façon d’apparaître dans les réponses des assistants et dans les résumés IA de Google. Google n’impose aucune exigence supplémentaire ni optimisation spéciale pour ses résumés IA, et il cite parmi les fondamentaux le fait de rendre ses contenus faciles à trouver par les liens internes du site.18 Une arborescence propre reste la base, pour la recherche classique comme pour l’IA.
Comment je le fais
Pendant longtemps j’ai fait ça dans des outils de diagramme génériques, lourds à maintenir et pénibles à partager avec un client. J’ai fini par construire mon propre outil, Arbo, et c’est devenu mon outil de travail sur mes missions de site et de refonte.
J’importe le site existant, chaque page arrive avec son adresse. Je marque ensuite chaque page à garder, à rediriger ou à supprimer, avec son adresse cible, et j’exporte le plan de redirection avec les codes 301 et 410. Je renseigne aussi le mot-clé, le volume de recherche et l’intention de chaque page, ce qui permet de vérifier que les pages qui rapportent restent près du haut. Et le client ouvre l’arborescence avec un simple lien, sans créer de compte, pour la relire avant la maquette.
Depuis octobre, le même lien sert aussi pour la suite. Une fois l’arborescence validée, j’y dépose les wireframes puis les maquettes de chaque page, que ce soit un frame Figma, une image, un PDF ou une page en ligne. Le client épingle ses commentaires là où il a cliqué et chaque envoi crée une nouvelle version. À la fin, il reste un dossier de validation en PDF avec le bon pour accord de chaque page.
Sur la refonte de SERCE, un site qui fait découvrir les métiers de l’électricité aux jeunes, l’arborescence est passée par sept versions. Chaque page dit ce qu’elle doit contenir, pourquoi elle existe et vers quelles pages elle renvoie, du coup on discutait page par page de ce qu’on gardait. L’annuaire des entreprises, par exemple, est arrivé après un point avec le client, et sa fiche garde la raison pour laquelle on l’a ajouté.
Arbo reste en ligne et tout le monde peut s’en servir, mais je n’y ajoute plus de fonctions et je ne cherche pas à le vendre. Je l’ai construit pour mes missions et c’est là qu’il sert. Sur mes refontes, c’est dessus que le client valide l’arborescence, page par page, avant la première maquette.
Les questions qu’on me pose le plus
Comment est structuré un site web ?
Une page d’accueil, des rubriques principales dans le menu, des pages de détail sous chaque rubrique, et des liens transverses entre les pages qui se répondent. Le pied de page accueille ce qui doit être accessible partout sans encombrer le menu, contact, mentions légales, pages secondaires.
Comment créer l’arborescence de son site web ?
Partir de l’existant s’il y en a un (pages, trafic, liens entrants), lister les contenus du futur site, les regrouper du général vers le précis, nommer les groupes avec les mots des visiteurs, puis tester la structure avant la maquette.
Quel outil utiliser pour créer une arborescence de site ?
Pour un petit site, un outil de diagramme ou même un tableau suffit. Pour une refonte, il vaut mieux un outil qui garde l’adresse, le statut et la redirection de chaque page. C’est pour ça que j’ai construit Arbo.
Combien de niveaux doit avoir une arborescence ?
Il n’y a pas de chiffre magique. Les pages qui rapportent doivent rester à peu de clics de l’accueil,4 mais un site entièrement plat nuit aussi.710
La règle des trois clics est-elle vraie ?
Non, aucune étude ne l’a confirmée.89 Le nombre de clics compte beaucoup moins que la clarté de chaque choix.
Est-ce que la structure des URL compte pour le SEO ?
Très peu pour le classement. Google ne compte pas les dossiers dans l’adresse, il regarde la distance en clics depuis l’accueil.46
En résumé
- Poser l’arborescence avant la maquette, et partir de l’inventaire de l’ancien site sur une refonte.
- Donner un statut à chaque ancienne page, le plan de redirection en découle.
- Garder les pages qui rapportent à peu de clics de l’accueil, dans une hiérarchie claire, sans méga-menu qui lie tout.
- Oublier la règle des trois clics et celle des 7 choix, et soigner la clarté de chaque choix.
- Nommer les pages avec les mots des visiteurs, un tri de cartes à au moins 15 personnes suffit.
- Tester la structure seule, puis revérifier avec les maquettes.
- De vrais liens, un fil d’Ariane, rien d’important caché derrière un menu ou une fenêtre.
Sources
- Jakob Nielsen, Nielsen Norman Group, IA Task Failures Remain Costly, 15/04/2009. www.nngroup.com
- Baymard Institute, Homepage and Category Navigation UX, 343 grands sites e-commerce. baymard.com
- Page Laubheimer, Nielsen Norman Group, Interpreting Tree Test Results, d’après Bill Albert et Tom Tullis (98 études), 19/01/2024. www.nngroup.com
- John Mueller (Google), rapporté par Search Engine Journal, 28/03/2021. www.searchenginejournal.com
- John Mueller (Google), rapporté par Search Engine Journal, 09/06/2018. www.searchenginejournal.com
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- John Mueller (Google), rapporté par Search Engine Roundtable, 03/03/2021. www.seroundtable.com
- Joshua Porter, UIE, Testing the Three-Click Rule, 16/04/2003. articles.centercentre.com
- Page Laubheimer, Nielsen Norman Group, The 3-Click Rule for Navigation Is False, 11/08/2019. www.nngroup.com
- Kathryn Whitenton, Nielsen Norman Group, Flat vs. Deep Website Hierarchies, 10/11/2013. www.nngroup.com
- Jakob Nielsen, Nielsen Norman Group, Short-Term Memory and Web Usability, 07/12/2009. www.nngroup.com
- Jakob Nielsen, Nielsen Norman Group, Card Sorting, How Many Users to Test, 18/07/2004. www.nngroup.com
- Jeff Sauro, MeasuringU, Tree testing, résultats préliminaires sur Target et Ikea, 26/03/2013. measuringu.com
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- Framer, Fixing uncrawlable overlay content, mise à jour du 15/09/2026. framer.com
- Google Search Central, Breadcrumb, mise à jour du 08/09/2026. developers.google.com
- Kara Pernice et Raluca Budiu, Nielsen Norman Group, Hamburger Menus and Hidden Navigation, 26/06/2016. www.nngroup.com
- Google Search Central, AI features and your website, mise à jour du 10/12/2025. developers.google.com